Tiphaine Populu

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Exposition « Défaillances » de Tiphaine Populu:
Galerie Librairie Veyssière Sigma, 25, rue Colbert, 37000 Tours.
21 Janvier – 8 février 2017.
提芬妮首次个展: « 凡尔赛.西格玛 »古籍书店-画廊, 图尔, 法国.

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祖父摄影, 父亲也摄影, 提芬妮(Tiphaine) 以前对摄影也小试牛刀, 但不是激情四射.
2012年祖父过世时遗言 :  这个已有百年历史的箱式照相机不要在你手上成为过去 …
于是这个学文科, 活在手机电讯年代的女孩硬是啃起了化学,  在书中找老式洗印照片的答案.  她成了既在镜头前又在镜头后重新赋予这个庞然大物(重约百公斤) 新生命的魔术师.
这个相机不一般. 提芬妮很惊人.
她首次个人摄影展不同凡响,  镜头前相片上那个喃喃细语 , 不是她又是她的Tiphaine 向你讲述…她的, 也或是很多人的故事.
忧伤, 害怕, 挣扎, 还是解脱 ?

解凌 Ling Veyssière

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La photographie. Métier de mon grand-père, photographe en Touraine. Métier de mon père. Elle fut durant toute mon enfance une compagne discrète, austère, et oppressante. La seule dont j’avais décidé qu’elle ne serait jamais ma compagne de vie. Pourtant, quelque part, je photographiais déjà, sans autre appareil que mon regard.

Après l’avoir tenue à l’écart pendant plus de vingt ans, je l’ai laissée approcher, par nécessité d’abord. J’ai commencé à photographier en numérique, pour pallier les carences de ma main, plus suffisamment douée pour saisir par le dessin les images dont j’ai toujours été traversée. Loin de m’en satisfaire, j’ai arrêté, attendu, laissé passer les images.

Aujourd’hui, ces images stimulées le plus souvent par des objets ou par mes rêves restent en gestation dans mon esprit jusqu’à leur matérialisation, sur plaques de verre, puis sur papiers.

Après l’avoir crainte, j’ai laissé la photographie m’empoigner, à bras le corps. Par urgence, puis comme une réponse viscérale.

La photographie, réponse à l’effacement, aux disparitions.

La première fut celle de mon grand-père. C’est sûrement pour contrer l’oubli que j’ai décidé de remettre en état une chambre photographique qu’il n’a jamais pu utiliser, et appris en autodidacte la prise de vue au collodion humide pour faire des ambrotypes. Des immortels.

La seconde fut la mienne, une atrophie progressive – mais non moins violente –  de mon statut de « fille de ». Comme tombée dans l’oubli, j’ai difficilement supporté ma propre disparition. A coups de révélateur sur la plaque, je cherche à ramener ce corps disparu en surface. A coups de fixateur, je tente de l’y maintenir. Je me retrouve modèle presqu’exclusif de mes propres images, j’y cherche une place. Je ne m’y retrouve jamais vraiment et j’y suis autre. Un pas à pas vers le devenir, émaillé de belles rencontres.

«Défaillances ». Ce sont les miennes. Des visions qui ont oublié le souvenir d’où elles émergent.

«Défaillances ». Ce sont celles d’un procédé photographique capricieux et exigeant.

Ni vraiment nostalgique, ni franchement passéiste.

Les particularités de l’ambrotype (négatif et positif à la fois, réalisé sur verre, transparence, reflets, fragilité et unicité de l’objet photographique) sont essentielles dans ma démarche. Je n’utilise pas le collodion comme medium prisé des portraitistes à la recherche d’originalité. Je ne cherche pas à (re)produire les images du XIXème siècle. Et il ne reste de ce siècle que sa dépouille dans mes photos ; des vêtements, des objets tout au plus. Mais c’est à l’intérieur de cette dépouille rassurante des origines que j’ai trouvé une place.

En sillonnant mes photographies, trompeusement « à l’ancienne », le spectateur sourira sans doute en se remémorant les photos de famille soigneusement rangées dans le buffet de la grand-mère ou en se référant, de manière purement intellectuelle, au cinéma muet.

Le spectateur sourira peut-être jusqu’à rire. Du rire « mécanique » dirait Bergson car je photographie l’humain et plus particulièrement les comportements d’un humain en décalage. Je mets en lumière un moment de dysfonctionnement, de basculement du normal vers l’anormal au sens « en dehors de la norme ». Le spectateur rira sans doute, hésitera, au bord du rire jusqu’à douter, au bord des larmes. Dois-je rire ?

«Défaillances » D’une main, j’offre au voyeur un trou de serrure sur un huis clos dont le titre de la photo peut être une clef. De l’autre je lui tends un miroir. J’y montre l’être humain en proie à sa difficulté d’être au monde et ce, en dehors de tout indice d’actualité, de temporalité, de topographie.

J’ai choisi d’en préserver mon spectateur en le maintenant dans un « non lieu » ; un lieu photographique filtré, monochrome, argenté, à défaut de pouvoir lui offrir un âge d’or.

Tiphaine Populu

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« Je ne sais pas comment présenter le travail de Tiphaine, mais je peux dire pourquoi il m’a plu.

Notre rencontre s’est faite autour des procédés anciens. J’avais déjà vu des ambrotypes, originaux et reproductions, mais ce procédé ne me séduisait pas énormément.

Cette technique est difficile, c’est du collodion humide. Il faut donc préparer la plaque, l’exposer plusieurs secondes puis la développer dans un temps très court, car dès qu’elle est sèche, il est impossible de la traiter.

Cette procédure délicate est si contraignante qu’une grande majorité d’ambrotypistes se limitent au portrait. La pose est généralement figée à cause du long temps de pose et les plaques présentant des tâches, des coulures ou des bords déchirés car l’étendage du collodion sur le verre est un geste difficile à maîtriser.

Bref, au simple énoncé du mot ambrotype, je sais déjà ce que je vais voir.

Avec Tiphaine, je croyais savoir… et j’avais tort.

Avec ces images elle m’a surpris, et c’est tout ce que j’espère de la photographie : la surprise. »

Pascal Miele (journaliste à chasseur d’Images)

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Article de Raphaël Chambriard (La Nouvelle République) :

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Loisirs/Expos-musees/n/Contenus/Articles/2017/01/30/Des-visions-spectrales-dans-l-objectif-centenaire-2985338