REN Yi 任逸
  • 70 X 90 CM

  • 70 X 90 CM

  • 70 X 90 CM

  • 70 X 90 CM

  • 70 X 90 CM

  • 70 X 90 CM

  • 39 X 110 CM

  • 39 X 110 CM

  • 80 X 80 CM

Ren Yi (任逸)est née à HangZhou, à 200 km au sud de Shanghaï. Elle étudie la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de sa ville.

Capitale de la Chine sous les Song du Sud , de 1127 à 1279 et ville alors la plus peuplée du monde, Hangzhou est le centre de l’art chinois, qu’il soit moderne ou traditionnel.

Son Académie des Beaux-Arts, créée en 1928 par Lin Fengmian (1900-1971) a formé de nombreux artistes de renommée mondiale, tels Chu Teh Chun , Zao Wou Ki, tous deux membres de l’Académie des Beaux-Arts de France, Jiang Bao Lin, Xu Jiang, Jin Shijian, etc…

A l’automne 1998, Olivier Debré retourne à l’Académie des Beaux-Arts de HangZhou, où il a déjà enseigné, pour exécuter l’immense rideau de l’Opéra de Shanghaï (près de 300 m2), en collaboration avec  Xu Jiang et Jin Shijian.

Il en profite pour peindre « in-situ » quelques-uns des paysages qui ont marqué depuis plusieurs siècles la peinture chinoise, et pour y donner quelques conférences à l’Académie. C’est au cours de ce séjour que le maître remarque le travail de Ren Yi, résidente à l’Académie, et lui prodigue quelques conseils sur sa manière de traiter la matière picturale. Cette rencontre marque fortement
la jeune artiste : le critique de HangZhou , Jiang Meng Hua,  ira jusqu’à écrire, quelques années plus tard, qu’elle est le dernier disciple d’Olivier Debré, et son unique disciple chinois.

Invitée à la fin de 1999 par le Ministère allemand délégué pour la culture, Ren Yi expose à Münich et à Francfort une série de six œuvres intitulée « Six anecdotes de la vie flottante », inspirée par un roman de Shen Fu (1763- 1826).

A l’occasion de « l’Année de la Chine en France », elle est invitée en 2004 par la ville de Paris à participer à la manifestation « Paris aujourd’hui ».

Ren Yi est considérée en Chine comme une artiste de premier plan, et le « Catalogue des 100 peintres chinois contemporains» publié en 2003 à Pékin  lui réserve une place de choix.

Ses œuvres sont rares sur le marché occidental, puisqu’aucun galeriste ne la représente hors de Chine ; mais aussi parce que sa réputation nationale lui permet de vivre l’existence dorée de cette nouvelle génération de femmes chinoises, libres et actives, sensibles et talentueuses. Le numéro d’automne 2009 de Vogue International  pour la Chine lui a consacré une dizaine de pages, la désignant à  la « jeunesse dorée » chinoise comme  modèle d’élégance et de raffinement, sachant mêler  harmonieusement art et mondanités.

J.Paul Veyssière

Fantômes

Pour sa nouvelle exposition REN Yi présente des œuvres nouvelles et quelques œuvres légèrement plus anciennes. Ceci nous permet de suivre son évolution récente et de mieux appréhender le sens de son œuvre.

Sa peinture est toute entière portée par l’interrogation profonde et méditative sur l’être humain. Dans certains portraits réalisés entre 1996 et 2003 on peut lire à la fois une intense douleur et une forme extrême d’abandon. Ces visages semblent ceux d’homme malades ou dans une solitude profonde agonisant
peut-être. Ce qui frappe dans ces œuvres, c’est que toute l’attention est portée sur le visage. Mais la puissance de l’expression de ces visages est tout entière portée par un travail pictural remarquable. Les couleurs semblent se livrer un
combat à l’intérieur même du visage et l’expression de douleur qui hante ces visages semble en être le résultat direct.  REN Yi réussit ici à rendre sensible les affects qui troublent l’esprit de ces personnages.

Les autres toiles appartiennent à deux séries l’un intitulée les six anecdotes de la vie flottante et l’autre wandering in garden, waking from dreams. La première est inspirée par un roman de Shen Fu écrivain de talent de la dynastie des Ming. L’autre est inspiré de l’opéra Qun. Ce qui touche dans ces toiles, c’est bien sûr la distorsion à laquelle les corps semblent soumis. Mis à part une œuvre, dans laquelle on peut voir que le corps est comme attaché aux barreaux d’une chaise, et en fait lutte avec elle, les autres œuvres nous montrent des corps en proie à des contorsions qui n’ont aucune origine matérielle.

Mais ce que l’on découvre, ce sont plus que des torsions, ce sont des déformations.
Les corps s’étirent s’allongent, se tordent littéralement sous nos yeux comme s’ils étaient en proie à des crises profondes, comme si du fond de leur psychisme remontraient des fantômes, des monstres et qu’ils tentaient de comprendre ce qu’il leur arrivait.

La force de REN Yi, c’est de réussir à nous faire ressentir ces tourments qui ressemblent pourtant moins à une crise de folie qu’à une profonde mais douloureuse méditation. Ces corps sont en fait comme assaillis par des intensités extrêmes et soudaines et ils ne peuvent ni rester sur place ni fuir. C’est donc leur corps qui subit et exprime par des déformations ce qui leur arrive.

Ces  intensités sont des forces puissantes qui les traversent et ce sont ces forces, anonymes, coulée de lave de la mémoire qui remontent sous nos yeux pour affecter ces corps. Et l’on devine alors au-delà même de ce qui nous paraît être de la douleur que le mouvement intense qui traverse ces corps est un mouvement spirituel. Seule son intensité semble le rendre dangereux
mais il pourrait se révéler être une force pacifiante, et la voix intérieure que semblent entendre des êtres est peut-être une voix porteuse de calme et de paix.

Ces corps sont nus mais leur nudité, grâce aux tons clairs et comme translucide utilisés par REN Yi ne nous choque pas, car les intensités qui agissent sur ses corps n’ont pas en elles-mêmes de signification, elles sont même insignifiantes.

C’est leur intensité seules qui importe. Cette intensité est celle qu’éprouve dans sa chair et dans son corps REN Yi lorsqu’elle peint et c’est l’intensité sans laquelle aucune œuvre ne peut exister.

Jean Louis Poitevin.

(Ecrivain et critique d’art, Jean-Louis Poitevin a pour mission la
coordination conceptuelle et rédactionnelle du projet et du livre
qui l’accompagne et sortira à l ‘automne 2008.
Docteur en philosophie, il est l’auteur de nombreux livres et articles sur l’art contemporain et sur la littérature, mais aussi de fictions.
De 1998 à 2004,  il a dirigé les instituts français de Stuttgart et
d’Innsbruck.
Aujourd’hui, il a repris ses activités d’écrivain et de critique d’art à Paris.
Il organise des expositions et fait des conférences en France et à l’étranger, en Corée et au Venezuela en particulier. Il anime depuis 2005 un séminaire privé sur l’image et la post-histoire. Les œuvres de Vilèm Flusser et Walter Benjamin ont fait l’objet d’études approfondies dans ce cadre .)