Fred CHABOT 弗尔德.夏博
  • 1,8 x 3,5 m

Imaginez une minuscule maisonnette en rase campagne, loin de tout, complètement envahie d’outils de ferronnier –- du sol au plafond, chalumeaux, tenailles, massettes, marteaux, enclumes, limes, pinces, scies à métaux, râpes, bouteilles d’acétylène, perceuses, tourets et forets, queues de rat, équerres, pieds à coulisse, tirefonds, boulons et coupe-boulons, plaques d’acier, tôles, tiges de fer à béton, épaves métalliques diverses glanées ici ou là, boîtes de vitesse, boules de pétanque soudées au bout d’un tube… Ajoutez sur les murs des miroirs de récupération, aux inclinaisons savamment étudiées, quelques esquisses, quelques étagères supportant tant bien que mal des maquettes en terre argileuse…

Gardez bien à l’esprit qu’il n’y a plus de place dans cette maison de vignes transformée en forge,  quoique l’on fasse. C’est pourtant là que Fred Chabot, qui se dit ferrailleur, s’est mis en tête de construire un rhinocéros gigantesque, puissant comme le Rhinocéros de Dürer, et de rendre compte de la pesanteur considérable du pachyderme par des rubans d’acier découpés, martelés puis soudés,  laissant entr’apercevoir sous le blindage épais la puissante  mécanique des tendons et des muscles du monstre.

La corne affleure à la fenêtre, et la queue repousse la cloison opposée. Il est difficile de se glisser entre les flancs massifs et les murs, et quasiment impossible de tourner autour de la bête : c’est ce qui explique l’installation des miroirs inclinés qui permettent au ferrailleur de surveiller la mise en volumes de son œuvre, et de lui donner  un mouvement saisissant –ou plutôt une préparation au mouvement, car le rhinocéros ne charge pas encore :  il se prépare à charger.

Faire sortir l’animal de ce lieu exigüe n’est possible qu’en le « tronçonnant ». Qu’on se rassure Fred Chabot ajoute à ses talents de « sculpteur-ferrailleur-ferronnier-rubanier » un savoir-faire inné de cet « Art de trancher » viandes, volailles et fruits, qui faisait fureur au XVIIème siècle dans les cours d’Allemagne et de France : il en appliquer les techniques, avec précision et habileté, au découpage obligé du rhinocéros de fer.

Dans le pré voisin, un écorché l’attend, impavide, apparition sortie tout droit d’un traité de médecine baroque, mélange de légèreté et de détermination, faisant un pied de nez au danger de mort : une fois sa misérable épée de toréador rompue, l’athlète fantomatique, tel un acrobate de Knossos, faisant fi de la pesanteur, saura éviter la charge du rhinocéros d’un superbe saut périlleux –car la légèreté l’emportera toujours sur la pesanteur.

J. P. Veyssière

要这样想象一下, 一个远离繁华,远离喧嚣,四周不着人家的一座乡村小房子…

它里面从上到下,从里到外,地板上堆的,天花板下垂的,墙上挂的,角落里塞的,桌上放的, 要不是喷焊器,钳子,锉刀,锯子,螺纹道钉,螺栓,铁杆,圆锉就是电石气罐,钻床,钢板, 铁皮,矩石座,更不去说捡来的旧变速器在东,法国南部人爱玩的铁制的滚球在西,及在墙北一角七拼八凑,但似经仔细研究过角度后摆放的一面镜子; 一些草图,一些随意用粘土打造起的隔板上放的那些缩小版模型.

得做好思想准备, 这座由原来的葡萄地看管人夜宿的小房子改造成的,类似工厂车间的场地,已满得不能再塞进其它任何东西了.
但就是在这里弗尔德.夏博(FRED CHABOT),自称钢筋工,固执地要在这儿诞生一头犀牛, 强壮威猛如同德国数学家雕版画家杜雷(Albrecht DURER 1471-1528)著名的1515年的那头, 并且他要观者透过用铁条经过捶打焊接后制出的这头铁甲厚皮动物来感受它的威猛,它的重量.

它的触角与窗对齐, 尾巴抵在墙隔板,要从它侧面穿过是件难事,几乎无法围着它绕一圈. 现在能明白那面镜子的用处了.
我们的这位钢筋工能借助它来看巨物的背部,获得一个全面的概念,从而能给出一个运动中的气质,更确切地说准备给出这样一个气质.
因为真正的最后的一笔不能在这里完成,不然犀牛走不出去.

让这样一件作品走出工作室, 先得想好把它切割成几部分,暂时焊接一下,然后在室外或它最后的归属地给回它一个完整.在操作上我们不必担心, 弗尔德.夏博(FRED CHABOT)在他雕塑,钢铁铸造的天赋上还加有与生俱来的切割艺术才能.
得心应手的刀工让人联想到17世纪法国,德国宫廷大厨灵巧自如地切割那些鸡鸭鱼肉和瓜果蔬菜的样子.

在室外的草地上, 站着一个去皮的人体,不知畏惧,如同从巴洛克时代医生的论文走出来的一般,那么的轻盈又那么的果断,从容地向死亡踢上一脚.
一旦那把可怜的斗牛士剑被打断,这魔灵般的竞技者,会像克洛索斯宫廷的杂技人那样,腾空一翻,并向巨大的犀牛甩出轻蔑的一瞥…

因为轻盈总高于沉重, 难道不是吗?

解凌 L.V.